Agences d’événements

Jul 2, 2026, 13:41
Organiser de manière responsable, ce n'est pas contrôler la météo, mais savoir y faire face

Organiser de manière responsable, ce n'est pas contrôler la météo, mais savoir y faire face

30 juin 2026

« Nous ne maîtrisons pas la météo. En revanche, nous maîtrisons la manière dont nous assumons nos responsabilités. » Une chronique signée Tom Bellens, CEO de MediaMixer.

À peine la vague de chaleur s'était-elle estompée que de nouvelles alertes météorologiques faisaient déjà leur apparition ce week-end. Les températures extrêmes ont fait place aux orages, aux rafales de vent et aux fortes pluies. Et, une fois encore, la même question s'est invitée dans le débat : fallait-il maintenir les événements prévus ou les annuler ? Ces derniers jours, chacun y est allé de son avis. Les météorologues ont publié leurs prévisions, les médecins ont lancé leurs mises en garde, les autorités ont diffusé leurs recommandations, les services de secours ont procédé à leurs analyses de risques et les organisateurs ont multiplié les concertations pour envisager des mesures supplémentaires. Et comme toujours, sur les réseaux sociaux, tout le monde semblait savoir, après coup, quelle décision il aurait fallu prendre. Comme s'il était possible de maîtriser la météo.

L'un des premiers principes de la gestion des risques est pourtant simple : un danger et un risque sont deux choses différentes. La chaleur est un danger. Tout comme un orage, une tempête ou des vents violents. Ce sont des phénomènes sur lesquels nous n'avons pratiquement aucune prise. Le risque, lui, naît de la manière dont nous choisissons d'y faire face. Ce n'est donc pas le danger en lui-même qui détermine une décision, mais bien les risques qu'il engendre pour un événement donné, organisé dans un lieu précis, avec un public spécifique. Cette distinction peut sembler purement sémantique. Pourtant, c'est elle qui guide les décisions des organisateurs professionnels, des autorités et des services de secours. Une forte chaleur ne justifie pas, à elle seule, l'annulation d'un événement.

Heureusement, il n'existe aucun thermomètre ni aucun anémomètre à partir duquel une compétition cycliste, une braderie, un événement d'entreprise, un concert en plein air, une manifestation sportive ou un festival devraient automatiquement être annulés. Un événement organisé dans un espace boisé ne présente pas les mêmes enjeux qu'une place en pleine ville, sans la moindre végétation. Un festival électro, où des milliers de personnes dansent pendant des heures, n'expose pas les participants aux mêmes risques qu'un concert assis ou qu'un marché aux puces. Chaque situation est différente. L'ombre disponible, l'accès gratuit à l'eau potable, les dispositifs médicaux, l'âge du public, la densité des visiteurs, les voies d'évacuation ou encore la possibilité de vider rapidement un site sont autant de paramètres qui entrent en ligne de compte.

C’est pourquoi de telles décisions ne sont jamais prises par une seule personne. Dans mon métier, les moments clés se jouent rarement sur une scène. Ils ont généralement lieu autour d'une table, lorsqu’organisateurs, autorités locales, police, pompiers, services médicaux et coordinateurs de sécurité se réunissent autour d'une même question : « comment garantir au mieux la sécurité lors de cet événement ? »

Ces concertations débouchent rarement sur des décisions spectaculaires : points d'eau supplémentaires, davantage de zones d'ombre, des plans de circulation adaptés, un renforcement des équipes médicales ou une programmation ajustée. Parfois, on arrive à la conclusion qu’il faut simplement limiter le nombre de visiteurs, interrompre temporairement un événement ou évacuer un site. Ou, comme ce fut le cas ce week-end, qu'une annulation partielle ou totale s'impose. Heureusement, cela reste exceptionnel. Et quand cela arrive, ce n’est pas un aveu d’incertitude, c’est une gestion professionnelle des risques.

C’est peut-être pour cela que cela me dérange autant que le débat public tombe aussi rapidement dans les avis tranchés. Fallait-il maintenir l'événement ou non ? Comme si organiser de manière responsable, c’était tout ou rien. En réalité, le professionnalisme consiste précisément à trouver l’équilibre entre ces deux extrêmes. Ce n’est ni s’obstiner à maintenir coûte que coûte un événement. Ni l’annuler systématiquement dès que les conditions deviennent difficiles. Agir de manière véritablement responsable nécessite d’évaluer les risques avec rigueur, de prendre des mesures proportionnées et de s’adapter selon l’évolution de la situation. Cela exige de l’expertise, mais aussi autre chose : de la communication.

Lorsqu'une décision est prise collectivement, elle doit aussi être expliquée collectivement. Nous communiquons généralement la décision, et beaucoup moins les raisons qui nous ont conduits à la prendre. Ce qui peut donner l’impression que certaines décisions sont arbitraires, ou que les villes, les organisateurs ou les autorités se contredisent. La réalité est pourtant bien plus nuancée.

Une analyse de risques n'est pas un formulaire où un seul critère détermine automatiquement le résultat. La plupart du temps, le public ne voit que l’issue. Il ne voit ni les heures de concertation, ni les scénarios étudiés, ni les arbitrages parfois difficiles qui l'ont précédée. Ce sont pourtant ces considérations qui auraient besoin de plus de transparence. Les citoyens comprennent bien plus qu'on ne l'imagine, à condition de leur donner les clés.

Nous vivons de plus en plus dans une société où chacun attend que quelqu'un d’autre se charge d'éliminer tous les risques. Que les autorités nous protègent. Que les organisateurs maîtrisent tout. Que les services de secours puissent résoudre tous les problèmes. Mais la sécurité ne fonctionne pas ainsi. Elle repose sur une responsabilité partagée. Un organisateur peut prévoir de l'eau potable gratuite, créer des zones d'ombre et mobiliser des équipes médicales. Un bourgmestre peut suivre les recommandations et imposer des mesures adaptées. Les services de secours peuvent préparer les scénarios d'urgence. Mais, au final, chacun reste libre de décider s'il souhaite passer plusieurs heures en plein soleil lors d'une journée de forte chaleur.

La sécurité n'est jamais l'affaire d'une seule personne ou d’une seule instance. Chacun doit assumer sa part de responsabilité. C'est peut-être là la principale leçon de ces derniers jours. Après la chaleur sont venus les orages. Demain, ce sera peut-être une tempête ou des inondations. Les dangers changent. Le principe, lui, reste identique. Ce n'est pas la météo qui détermine si un événement est organisé de manière responsable. C'est la collaboration entre les différents acteurs, et les démarches entreprises pour évaluer les risques, prendre des mesures proportionnées et expliquer clairement les choix qui ont été faits.

Lorsque cet équilibre est atteint, cela ne fait généralement pas la une des journaux. Et c'est sans doute le plus beau compliment que puissent recevoir les organisateurs, les bénévoles, les autorités locales, la police, les pompiers et les services de secours. Car quand personne ne discute de la sécurité après un événement, c'est souvent tout simplement parce que la sécurité a parfaitement rempli son rôle.

Nous ne pourrons jamais maîtriser la météo.

En revanche, nous pouvons maîtriser la manière d’y faire face, ensemble.

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