Invisible mais omniprésent : le pouvoir du parfum
18 mai 2026De pharmacien à parfumeur : un virage de carrière peu commun. Et pourtant, Kristof Lefebre a décidé de suivre son instinct et de quitter sa pharmacie pour créer sa propre maison de parfums. Aujourd’hui conférencier pour Read My Lips, il explore comment l’odorat – ce sens invisible – influence nos émotions, nos comportements et nos choix. Et pourquoi cette maîtrise olfactive est un atout majeur pour les marques et événements qui veulent laisser une empreinte durable.
Un rêve d’enfant devenu vocation
« Depuis tout petit, j’étais fasciné par les flacons de parfum à la maison », raconte Kristof Lefebre. « Et les miniatures en parfumerie me fascinaient aussi. Quand on les ouvrait, c’était comme un voyage vers des instants suspendus ou des destinations inconnues. J’ai toujours voulu devenir parfumeur. J’avais même mon petit laboratoire, même si trouver les bons ingrédients n’était pas simple. »
Pourtant, le jeune Kristof choisit d’abord une voie plus classique. « À dix-huit ans, il faut faire un choix de carrière. Devenir parfumeur n’est pas évident. Je suis devenu pharmacien et j’ai tenu ma propre officine pendant dix ans. Mais ce rêve ne m’a jamais quitté. Et plus je voyais autour de moi des gens regretter leurs choix de vie, plus je me posais la question : et si j’avais emprunté cet autre chemin ? Mais c’est une lecture qui va faire pencher la balance : Later is voorbij (plus tard, c’est trop tard, ndt.). C’est là que je me suis dit : est-ce que je me vois vraiment continuer comme ça ? »
Un sourire que la médecine ne pouvait donner
Une observation simple mais marquante dans sa pharmacie a tout changé : « Notre officine était à côté d’un centre psychiatrique. Je voyais souvent des gens entrer, la mine sombre. Mais dès qu’ils sentaient les produits de notre coin parfumerie, leur visage s’éclairait. Aucun médicament ne parvenait à provoquer ce sourire ; le parfum, lui, y arrivait. Cela m’a fait prendre conscience du pouvoir qu’avait l’odorat. »
À 35 ans, Kristof Lefebre fait le grand saut : il quitte la pharmacie, reprend des études, suit une formation à Versailles pour entraîner son nez, puis à Padoue pour le marketing et la gestion dans le parfum, et enfin à Londres pour comprendre la psychologie appliquée à l’olfaction. « C’était comme une cure de jouvence mentale. Redevenir étudiant, devoir tout prouver, ça remet tout en perspective. »
Un lancement en pleine pandémie
Le lancement de Miglot Parfums tombe malheureusement au pire moment possible. « L’ouverture était prévue le premier week-end du premier confinement en mars 2020. Impossible de rester les bras croisés. Ce rêve, je le portais depuis mes six ans ; abandonner n’était pas une option. »
Kristof Lefebre s’est accroché et aujourd’hui, il dirige Miglot Parfums depuis six ans. « Nous avons deux Maisons, à Gand et Anvers, et une troisième prévue pour cet été. Nous disposons aussi de notre propre unité de production, qui dessert désormais une clientèle internationale. Parfois, il faut créer ses opportunités en osant sortir des sentiers battus. Quand on a un objectif qui nous tient vraiment à cœur, on donne tout. »
L’odorat, ce sens sous-estimé
Pour Kristof Lefebre, l’odorat est, aux côtés du toucher, le sens le plus sous-estimé de notre société. « L’Occident est essentiellement visuel, même dans l’éducation. On ne fait que peu de place à l’expérience olfactive. Or nos choix, nos décisions, sont constamment influencés par ce que nous sentons. »
« Comme je le répète constamment, limiter le parfum à un flacon est réducteur : tout ce qui nous entoure a une odeur. Aux origines, notre nez nous servait à détecter les dangers et à choisir nos partenaires. Aujourd’hui, ces fonctions ont évolué, mais l’impact reste. Les personnes qui perdent accidentellement l’odorat se rendent vite compte combien ce sens est crucial dans notre vie. »
“We baseren ons op geur om eigenschappen toe te kennen aan mensen, producten of events.”
Archives émotionnelles
Mais a-t-on tous la même sensibilité aux odeurs ? Et peut-on entraîner son nez ? « Tout le monde ne perçoit pas les odeurs de la même manière : chacun dispose de récepteurs différents, et l’odorat envoie directement des informations au cerveau limbique, siège des émotions et des souvenirs. Une odeur peut instantanément vous ramener à un moment précis, comme le parfum d’un hôtel qui évoque des vacances passées. »
Pour autant, on peut “former” son nez. « À l’école de parfumerie, on apprend à rationaliser ce processus : sentir souvent un bois de santal permet de l’intégrer dans sa bibliothèque olfactive, séparé de l’émotion. Cela apprend à analyser ce que l’on sent. »
Cependant, l’odorat reste profondément personnel. « Nos propres associations et récepteurs font de chaque expérience olfactive une aventure unique, individuelle. »
Une opportunité pour les événements ?
Souvent, l’événementiel exploite l’image, la lumière, le son – sans véritablement s’arrêter sur les odeurs. « Pour moi, c’est une opportunité manquée, mais encore faut-il l’utiliser correctement. Utiliser une odeur pour en masquer d’autres ou créer un mélange désordonné peut même être contreproductif. L’aspect olfactif est trop souvent abordé dans un esprit pratique, en marge de l’expérience globale, sans réel lien avec elle. »
Pourquoi ce retard par rapport au reste ? « Pour beaucoup, c’est un territoire inexploré. Par où commencer ? Comment faire ? Le support olfactif est souvent en queue de peloton dans la réflexion stratégique. Il y a aussi une composante psychologique. L’odeur est invisible. Quand on consacre un budget à quelque chose, on veut du tangible. Pourtant, l’odorat peut ajouter une dimension émotionnelle profonde à un événement. »
4 approches pour instrumentaliser l’odorat en événementiel
Comment utiliser efficacement les odeurs sur un événement ? Kristof Lefebre identifie quatre voies à explorer. « Tout d’abord, il y a l’angle stratégique : créer un code olfactif aligné sur l’identité de la marque, comparable à un logo ou une typographie. Qu’est-ce qui correspond à notre marque ? Une touche d’agrume fraîche ? Une senteur chaude et boisée ? On façonne une carte de visite olfactive, déployée à des points clés, comme à l’entrée, et éventuellement prolongée avec un objet parfumé à rapporter chez soi après l’événement. »
« Deuxième méthode : le scentscaping, une forme d’architecture olfactive. Cela permet de moduler subtilement l’ambiance des espaces. Une entrée froide habillée de marbre peut prendre un tout autre visage avec un parfum chaleureux. On peut aussi rythmer le déroulement d’un événement avec des fragrances stimulantes au début et plus relaxantes à la fin. »
Il y a également ce qu'on appelle la narration olfactive. « On peut faire vivre une histoire à travers le parfum. Imaginez que vous présentiez une collection printemps/été. Une senteur bien choisie peut mettre votre public dans l’ambiance. C’est une technique courante dans le secteur des voyages, notamment. Rien de tel qu’un parfum d’épices chaudes pour transporter instantanément le public sur un marché à Marrakech. »
« Et pour terminer, il y a l’expérience personnalisée - en intégrant un coin dédié aux parfums, par exemple. Cela se fait beaucoup chez les marques qui misent sur l’individualité, comme la décoration intérieure ou l’automobile. Offrir des ateliers où chaque participant choisit son parfum donne le sentiment à chacun de vivre une expérience centrée sur son ressenti. Cela ajoute une touche individuelle et mémorable à l’événement. »
Dans les coulisses du parfum
En tant que conférencier pour Read My Lips, Kristof Lefebre plonge le public dans l’univers sensoriel des parfums. « Pour la conférence interactive The Invisible, is it just magic?, nous transportons une partie de notre atelier et nous travaillons avec une spray team de manière à assurer une diffusion dans toute la salle. À l’aide d’une vingtaine de fragrances, nous emmenons les participants dans une exploration tangible des coulisses de la parfumerie. Nous expliquons la fabrication d'un parfum, ce qui le rend si précieux, comment on obtient les huiles mais aussi l'impact insoupçonné des senteurs sur l’esprit et les émotions. »
Il explique la biologie et la psychologie de l’odorat. « Les odeurs génèrent des associations, sans forcément de lien avec la réalité. Une odeur de désinfectant donne l’impression que tout est propre et frais, même si ce n’est pas forcément le cas. Pourtant, nous nous basons sur notre odorat pour attribuer des caractéristiques aux gens, aux produits ou aux événements. Un mauvais choix peut donc avoir l’effet inverse de celui escompté. »
Son intervention est bâtie selon une structure modulaire. « Nous explorons notre sujet au sens large : biologie, psychologie, marketing, lifestyle... Nous mettons l’accent sur l’un ou l’autre aspect selon le public. C’est totalement à la carte, pour chaque client. »
Oser suivre ses rêves
Son deuxième programme, From dream to Maison, explore l’entrepreneuriat, l’authenticité et la persévérance. « L’idée centrale, c’est qu’on est tous metteur en scène de notre vie. Les revers et les coups durs sont inévitables. Blâmer le sort ou quelqu’un d’autre, c’est tentant mais c’est la solution de facilité. Au final, vous devez faire avec et continuer à avancer. Rester fidèle à ses valeurs est essentiel. »
« Oser suivre ses rêves. Trouver une façon de les concrétiser pour ne pas se retrouver avec des regrets – si seulement, j’avais fait ci ou ça. Entreprendre, c’est aussi commettre des erreurs, apprendre à gérer le doute, et y trouver la paix. Mon ambition, c’est d’embraser la flamme chez des gens qui ont peut-être envie d’entreprendre mais qui sont bloqués par leurs craintes. Pas forcément en chamboulant tout. Chaque petit pas compte. Si les participants repartent en se demandant : de quoi est-ce que je rêve vraiment ? – alors ma mission est accomplie », conclut Kristof Lefebre.
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