Chronique : « Donnons enfin une vraie place à la sécurité événementielle à l’agenda politique »
19 mars 2026Dix ans après les attentats du 22 mars 2016, il est temps de s’interroger en toute honnêteté : la Belgique est-elle mieux préparée pour une nouvelle crise ? La réponse risque de ne pas vous plaire. Oui, nous sommes plus vigilants qu’à l’époque. Mais prêts ? Non. Une chronique signée Tom Bellens…
Et pourtant, nous continuons comme nous l’avons toujours fait. Festivals, rencontres sportives, fêtes d’entreprise, cortèges, fêtes de quartier, commémorations... Grands ou petits, professionnels ou bénévoles, ces rassemblements font partie de notre ADN. La Belgique, la Flandre, la Wallonie… ce sont des lieux de rencontre. C’est quelque chose de profondément ancré en nous.
Je le répète depuis des années : tout événement est une catastrophe potentielle.
Pas parce qu’il serait dangereux par nature, mais parce qu’il peut basculer en une seconde. Une météo capricieuse, un incident dans la foule, une urgence médicale, un mouvement de panique ou une menace extérieure peut tout bouleverser.
Les professionnels le savent : organiser un événement, c’est avant tout gérer le risque. Mais il y a une seconde vérité : c’est précisément pour cette raison qu’il faut continuer. Une société qui cesse de se rassembler, par peur ou par excès de réglementation, perd quelque chose de fondamental.
Ces dix dernières années, nous avons avancé : procédures affinées, collaboration entre services renforcée, conscience accrue de la sécurité. Mais le cadre reste dispersé. Les règles varient d’une ville à l’autre, les attentes sont floues et les exigences de sécurité sont éparpillées entre différents niveaux de pouvoir. Conséquence : une incertitude permanente.
Et souvent, ce sont les événements eux-mêmes qui en pâtissent et disparaissent. Pas par manque de volonté, mais parce que la barrière administrative est trop haute.
« La sécurité ne doit pas étouffer notre culture événementielle »
Notre société vit de rencontres. Des festivals et événements sportifs, mais aussi des fêtes de village, des initiatives locales et des projets bénévoles. C’est cette diversité qui rend nos espaces publics vivants. La sécurité ne doit jamais brider cette dynamique.
Ce qui m’a frappé ces dix dernières années, c’est que les plus grands progrès viennent du secteur lui-même. Les organisateurs ont tiré des leçons des crises, des situations extrêmes et des incidents passés. Ils investissent dans les analyses de risque, les plans d’urgence, la communication de crise et la formation. Le secteur est devenu plus autonome.
C’est encourageant. Mais cela révèle aussi un problème : en Belgique, il n’existe toujours pas de cadre clair et uniforme pour la sécurité événementielle. Elle s’interprète encore majoritairement à l’échelle locale.
Les événements sont par définition dynamiques. Un festival, des festivités locales… ce n’est pas une usine ni un bureau. Ce sont des environnements temporaires où des centaines, voire des milliers de personnes se rassemblent, souvent en extérieur et dans des conditions changeantes.
Nous avons donc besoin de règles claires et adaptables : uniformes là où c’est nécessaire, flexibles là où c’est possible. Une fête de quartier ne peut pas fonctionner avec la même architecture de sécurité qu’un festival de grande ampleur. Mais les deux méritent des directives précises et un vrai soutien.
« La sécurité événementielle doit réellement intégrer l’agenda politique »
Dix ans après les attentats, il est temps de mettre la sécurité événementielle au cœur des politiques publiques. Sans bureaucratie supplémentaire, mais avec davantage de clarté.
Un plan d’action interfédéral pourrait rassembler gouvernement, services d’urgence et professionnels de l’événementiel, pour bâtir un cadre prospectif qui protège notre culture événementielle sans l’étouffer.
Car la sécurité doit être comme un manteau protecteur et rassurant autour des événements, pas un frein.
Ma conclusion est simple : nous ne sommes pas encore prêts pour la prochaine crise. Mais nous avons progressé, surtout grâce à l’autonomisation du secteur et aux hommes et femmes qui rendent les événements possibles au quotidien : organisateurs, bénévoles, experts en sécurité et services d’urgence.
Il revient désormais aux décideurs et aux politiques de prendre ce sujet au sérieux. Mettons enfin la sécurité événementielle à l’agenda.
Pas pour entraver notre culture événementielle mais au contraire pour la garder bien vivante. Parce qu’une société qui renonce par peur ne perd pas seulement ses événements… elle perd une part de son âme.
Tom Bellens
Organisateur
Auteur de « Communicatie Come Back! » (ouvrage publié en néerlandais)
Conseiller en prévention
CEO MediaMixer