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May 22, 2026, 4:32
Nouvelle génération aux commandes de The Fungroup : « Quand j’entends Michiel, j’ai l’impression de m’entendre »

Nouvelle génération aux commandes de The Fungroup : « Quand j’entends Michiel, j’ai l’impression de m’entendre »

20 mai 2026

Après 36 ans d’activité et une expansion internationale, Stefan Kerkhofs passe les rênes de The Fungroup à son neveu Michiel. Partie d’une simple idée révolutionnaire qui a su évoluer au fil du temps, l’agence est aujourd'hui une véritable référence au sein du secteur événementiel. Avec l’arrivée de cette nouvelle génération, The Fungroup entend adopter un nouveau regard sur la croissance et l’internationalisation, afin de mieux répondre à un marché de plus en plus digitalisé. Experience a rencontré les deux hommes pour évoquer ce tournant majeur.

Stefan, pourquoi avoir choisi ce moment pour transmettre le flambeau ?

Stefan Kerkhofs : « Même si je n’ai que 58 ans et que ma carrière est loin d’être terminée, je dois avouer que l’âge commence à se faire sentir. Depuis le Covid, le monde, et particulièrement l’événementiel, a beaucoup changé. Une nouvelle façon de travailler s'impose et l’ancienne garde a parfois du mal à suivre le rythme actuel. Moi, je fais encore tout par téléphone. La nouvelle génération fonctionne totalement différemment : parfois, on ne trouve même plus de numéro de téléphone dans les contacts. C’est compliqué, je trouve. Car j’aime le contact instantané. »

« En marge de cela, ces dernières années ont été assez stressantes. Entre la vente du bâtiment et les incertitudes du secteur, la pression était permanente. Puis je suis parti en vacances, et ça m’a fait un bien fou. Je ne m’étais pas senti aussi détendu depuis 35 ans. Et là, je me suis dit : peut-être qu’il est temps de lever un peu le pied et de profiter davantage de moments comme celui-là. »

Et comment en êtes-vous venu à choisir Michiel comme successeur ?

Stefan Kerkhofs : « Michiel travaille ici depuis cinq ans maintenant, et nous échangeons chaque jour. Quand j’ai évoqué l’avenir de l’entreprise, à ma grande surprise, il s’est montré intéressé. Nous avons rapidement arrangé une discussion concrète pour structurer les grandes lignes et quelques mois plus tard, l’accord était conclu. Pour moi, Michiel est la personne idéale : un jeune trentenaire, qui a bénéficié d’une formation exceptionnelle ces cinq dernières années. Il connaît l’entreprise sur le bout des doigts, et en plus, ça reste dans la famille. Que demander de plus ? »

Formation accélérée

Michiel, quel a été votre parcours au sein de l’entreprise ?

Michiel Kerkhofs : « En fait, j’ai débuté il y a quinze ans comme étudiant pendant les des pics d’activité. Pendant la pandémie, j’ai commencé à travailler à plein temps pour prendre en main la planification. Comme plusieurs collègues sont partis à ce moment-là, j’ai progressivement repris d’autres tâches : administration du personnel, comptabilité, ventes... Cela m’a donné très rapidement une vision globale de l’entreprise. »

Qu’avez-vous appris aux côtés de Stefan toutes ces années ?

Michiel Kerkhofs : « Avant tout une manière d’aborder les choses : dégager de la confiance, oser mettre en avant les points forts de l’entreprise et ne pas se laisser freiner par la timidité. »

Et Stefan, quelles qualités voyez-vous chez Michiel, éventuellement différentes des vôtres ?

Stefan Kerkhofs : « Il crée facilement le contact. Les clients et les collègues l’apprécient spontanément. Même si je crains qu’il le perde un peu, parce qu’en tant que CEO, il faut aussi savoir se montrer juste mais intransigeant. Chez The Fungroup, nous travaillons avec du public et un concept nécessitant un cadre strict. La sécurité est non négociable. Souvent, j’ai dû paraître dur pour rester cohérent sur ce point. »

Vision d’avenir

Michiel, allez-vous apporter des changements ?

Michiel Kerkhofs : « Sur le fond, non. Nous allons surtout moderniser la communication, en étant (plus) présents sur Instagram et TikTok, par exemple. Pour le reste, mon objectif est aussi de redevenir un interlocuteur global. Ces dernières années, nous avions réduit certaines activités ; nous aimerions proposer à nouveau un package complet, avec un seul interlocuteur pour l’organisation d’événements de A à Z. Dans un premier temps via des partenaires, puis en réinternalisant progressivement certaines productions. »

Stefan Kerkhofs : « La pandémie est arrivée au pire moment. Nous venions d’investir 5 millions dans un nouveau bâtiment. Nous étions prêts à doubler de taille et à conquérir le monde. Sans le Covid, nous aurions aujourd'hui cinquante collaborateurs à nos côtés, j’en suis convaincu. Mais nous avons été à l’arrêt pendant deux ans et avons presque dû repartir de zéro. Nous sommes en train d’y parvenir — et Michiel y a largement contribué. Je pense que d’ici 2027, l’entreprise pourra franchir un nouveau cap. »

The Fungroup a bâti sa réputation avec des attractions uniques. Comment évolue la demande ?

Stefan Kerkhofs : « Les concepts au sol, tout le monde peut le faire. Mais travailler en hauteur reste un savoir-faire particulier. Pour nous, une bonne attraction doit être unique, sûre, spectaculaire, rapide à installer, capable d’accueillir beaucoup de participants et rester abordable pour le grand public. Ce sont les ingrédients indispensables à nos yeux. La demande existe toujours, mais elle s’est déplacée : moins de braderies annuelles ou d’événements récurrents reposant sur des bénévoles,  mais davantage d’activations de marque, de fêtes d’entreprise et de teambuildings. »

Michiel Kerkhofs : « Les villes et communes restent un marché stable. Ces dernières années, nous nous sommes surtout concentrés sur la Flandre. Mais ma compagne est francophone et va nous aider à nous développer en Wallonie et en France. Les Pays‑Bas sont déjà bien couverts et l’Allemagne va devenir une priorité cette année. » 

“Stefan a dû énormément mettre de côté sa vie personnelle. J’aimerais trouver un autre équilibre.”

Sacrifices

Stefan n’a jamais caché que sa carrière lui avait coûté cher sur le plan privé. Michiel, comment comptez-vous éviter ces pièges ?

Michiel Kerkhofs : « Justement en apprenant de son expérience. Il a dû énormément mettre de côté sa vie personnelle. J’aimerais trouver un autre équilibre, pour que les amis et la famille gardent clairement leur place. Depuis l’été dernier, je me suis aussi mis sérieusement au sport, parce que je remarquais que je n’arrivais plus à décrocher du boulot le soir. Quand je vais faire des longueurs à la piscine ou une séance de fitness à la salle, je peux vraiment me vider l’esprit. Et le lendemain, je suis plus motivé et mieux concentré. »

Stefan Kerkhofs : « Sur ce point, je suis heureux qu’il ne marche pas dans mes traces. Il prend soin de son corps. Moi, je l’ai éreinté à force de prendre l’avion constamment et d’enchaîner les décalages horaires. Je reste actif comme CEO de Dinner in the Sky pour continuer à développer le concept à l’international, mais au lieu de partir cinq jours uniquement pour travailler, je reste désormais dix jours, en incluant du temps de détente. Cela allège un peu la pression. Et je tiens à préciser que The Fungroup reste évidemment partenaire de Dinner in the Sky. »

36 ans de souvenirs

De quoi êtes-vous le plus fier après toutes ces années ? Quels ont été les grands moments de ces 36 ans ?

Stefan Kerkhofs : « Au niveau personnel, je pense notamment à la rencontre avec le prince Albert et la princesse Charlène de Monaco, quand ils ont testé Dinner in the Sky. Nous avions un magnifique emplacement dans la marina, derrière le casino de Monte-Carlo. Nous avons longuement discuté de tout et de rien, comme si nous nous connaissions depuis toujours. »

« Au Pakistan, on m’a un jour fait descendre de l’avion sans contrôle de passeport pour me faire monter dans une jeep entouré d’hommes armés et filer à l’hôtel en mode commando. Pendant 36 heures, j’ai eu une protection rapprochée permanente, sans jamais vraiment me sentir à l’aise. Le moment où l’avion a redécollé du tarmac a été un énorme soulagement. »

« Mais le point culminant au niveau organisation reste sans aucun doute les 10 ans de Dinner in the Sky. Nous avions mis sur pied un concept exceptionnel, avec dix tables autour de l’Atomium. Et ce, à peine trois mois après les attentats de Bruxelles. Nous avons maintenu l’événement pour montrer au monde extérieur que la Belgique restait un pays sûr. »

Michiel, avez-vous aussi des moments marquants ?

Michiel Kerkhofs : « Le projet que nous avons réalisé à Kiev, à peine quelques mois avant le début de la guerre, m’a particulièrement marqué. Notre client était une entreprise de construction qui réalisait des immeubles d’habitation. Et lorsque vous achetiez un appartement, on vous élevait avec la table jusqu’au niveau où se situerait votre logement. Nous y avons rencontré beaucoup de personnes formidables, avec qui nous avons gardé le contact. »

Émotions inoubliables

Stefan, avec quel sentiment passez-vous aujourd’hui le flambeau ?

Stefan Kerkhofs : « Je vois arriver une nouvelle génération, qui comprend mieux que moi le monde actuel. Je reste disponible pour l’aspect créatif et pour conseiller ponctuellement Michiel, mais il doit avant tout suivre sa propre voie. Parfois, quand je l’entends parler, je ferme les yeux… et je m’entends moi-même. C’est fantastique. C’est impressionnant de voir à quelle vitesse et à quel point il s’est approprié ce rôle. Et il n’y a rien de plus beau que de pouvoir transmettre cela à quelqu’un de la famille. L’entreprise The Fungroup a toujours été liée aux émotions. L’organisateur est l’architecte d’un événement et c’est évidemment passionnant. Mais l’explosion d’émotions quand quelqu’un dépasse sa peur pour faire le grand saut ou prendre son envol reste la plus grande satisfaction. Parce que c’est une personne de plus qui ne nous oubliera jamais. »

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