Première journée inoubliable pour le Grand-Duc Guillaume V
27 mai 2026En octobre 2025, Guillaume V succédait à son père Henri à la tête du Grand-Duché de Luxembourg. Une transition institutionnelle, certes, mais aussi l’occasion d’écrire un moment collectif. Pas question de se limiter au protocole : l’événement devait parler au pays tout entier. De cette ambition est né Den Trounwiessel, un projet d’envergure imaginé par Laurent Loschetter et l’équipe de Den Atelier. Une célébration nationale hors norme, déployée dans trois villes, rassemblant des milliers de participants et orchestrée à travers douze heures de télévision en direct. Bien plus qu’une cérémonie : un récit vivant du Luxembourg d’hier et d’aujourd’hui.
Une mission royale inattendue
La responsabilité de ce projet unique a été confiée à Den Atelier. « Nous sommes avant tout des promoteurs de concerts », explique Laurent Loschetter. « Nous en organisons environ 150 par an. Nous avons aussi notre propre club, également appelé Den Atelier. C’est par là que tout a commencé il y a 30 ans, mais depuis, nous produisons également de grands concerts en plein air. »
C’est à travers ces grandes productions que la Cour a découvert Den Atelier. « Le prince héritier assiste régulièrement à nos shows et avait déjà rencontré notre équipe, ce qui explique sans doute la confiance qu’il nous a accordée. Personnellement, j’ai connu Guillaume V dans un cadre professionnel : nous avons souvent voyagé ensemble. En septembre 2024, il m’a contacté via WhatsApp pour me voir. J’ai accepté sans hésiter. C’est là qu'il m’a annoncé qu’il succéderait à son père l’année suivante et qu’il avait envie de marquer l’occasion avec un événement spécial. »
Une proposition audacieuse
À l’origine, la demande du prince héritier était relativement classique : organiser un grand concert à Luxembourg-Ville pour marquer son accession au trône. « En quelques jours, j’ai élaboré une proposition radicalement différente avec le directeur artistique Fred Thouillot : une célébration itinérante, répartie dans tout le pays ; le Pont Rouge transformé en axe symbolique ponctué d’arrêts de tram thématiques ; un spectacle de drones… Nous avons envoyé un premier PDF au prince héritier et, honnêtement, je pensais que nous n’aurions jamais de réponse. Imaginez : fermer le principal pont de la capitale pour y installer huit arrêts de tram ? Modifier le logo de la couronne pour l'intégrer au spectacle de drones ? »
La réponse tombe pourtant dès le lendemain : Un enthousiasme complet et l’intégration du Premier Ministre au premier groupe de travail le lundi prochain.
Fête populaire à l’échelle nationale
Den Trounwiessel prend alors la forme d’une fête populaire simultanée dans tout le pays. « Des festivités destinées au grand public, dans le nord, le centre et le sud. Je ne voulais pas tout centraliser à Luxembourg-Ville. Les festivités se déroulaient de 13 h à 1 h du matin. Chaque ville avait son propre programme, mais toutes partageaient un même fil rouge : la rencontre entre le nouveau souverain et celles et ceux qui font vivre le Luxembourg. Le point culminant ? Le passage du Grand-Duc au cœur de chaque célébration. »
À Luxembourg-Ville, l’instant est hautement symbolique : « Guillaume V devait traverser à pied le plus grand pont du pays — le célèbre Pont Rouge — de son nom officiel Pont Grande-Duchesse Charlotte, en hommage à sa grand-mère, figure profondément aimée des Luxembourgeois. Un geste fort, à la fois institutionnel et personnel. »
Le Pont Rouge, lieu de rencontre
Le concept central repose sur une idée simple : célébrer la première journée de travail du Grand-Duc. « Et qui dit premier jour dit rencontres. Ici, pas de figurants, pas de mise en scène artificielle. Sur le pont, plus de 2 000 personnes représentaient les forces vives du pays et le vrai visage du Luxembourg. Les huit arrêts de tram incarnaient chacun un thème clé : nature, sport, entrepreneuriat, avenir… À chaque halte, environ 200 acteurs du terrain donnaient corps à ces valeurs. »
Après la traversée, la fête se poursuivait Place de Glacis avec un spectacle de drones et un concert exclusivement porté par des artistes luxembourgeois. « Malgré la tentation d’inviter une tête d’affiche internationale pour garantir l’affluence, Guillaume a fait un choix assumé : cette journée devait rester profondément luxembourgeoise. Chaque mardi, une réunion rassemblait tout le monde au palais Grand Ducal, souvent en présence du futur Grand Duc. Une présence déterminante pour défendre certains points que son entourage aurait pu bloquer. »
Trouver le ton juste
Si la logistique et la scénographie sont impressionnantes, l’attention portée au contenu l’est tout autant. Comme l’explique Laurent Loschetter : « Dès le départ, nous avons intégré un historien et un créateur écrivain de théâtre au projet pour garantir la justesse narrative et éviter toute maladresse historique, p. ex éviter des lieux avec de références historiques négatives. »
Même exigence sur le plan visuel : « Nous ne voulions pas d'un rendu final qui fasse Disneyland ou soirée techno. Nous avons installé 600 faisceaux lumineux sur le pont, dont l’intensité et l’agencement ont été longuement discutés. Trop étroits, et on se retrouvait avec un effet techno ou show laser ; trop larges, cela aurait évoqué un skytracer. Tout devait être parfaitement calibré. »
Une expertise belge en coulisses
Si la fête est 100 % luxembourgeoise, sa production s’appuyait en partie sur une expertise belge. « Je parle parfois de “mafia flamande” », plaisante Laurent Loschetter. « Quand j’ai organisé mon premier concert en plein air en 2001, il n’y avait pas de sociétés de production au Luxembourg. J’ai appelé Herman Schueremans et nous avons travaillé avec des fournisseurs belges. Aujourd’hui, pour nos grands shows, nous collaborons avec Rahel Feidler. Elle a été l’une des premières personnes que j’ai contactées.
Elle s’est directement montrée enthousiaste et savait exactement qui mobiliser pour le projet, notamment Hans Pannecoucke pour la régie et Steven Martin pour coordonner les équipes sur le pont. Je ne les connaissais pas mais je lui ai fait entièrement confiance. Et eux aussi. Grâce à cette coordination, RTL a filmé les répétitions à LuxExpo, donnant au public un premier aperçu du projet. Deux jours avant le spectacle, Laurent a présenté Guillaume à Hans Pannecoucke, et le prince s’est exclamé : « Je le connais, je l’ai vu à la télé ! »
Un Grand-Duc comblé
Le 3 octobre, tout s’est déroulé presque comme prévu. « À 95 %, oui. Le temps a été catastrophique, ce qui nous a obligés à annuler le programme de l’après-midi sur la Place Glacis. De plus, la police a intercepté deux de nos drones, pensant qu’ils représentaient un danger. Dommage, mais pour la partie impliquant le Grand-Duc, tout s’est bien passé. »
Au-delà de la réussite opérationnelle, ce qui domine reste l’émotion. « Pour moi, ce fut une journée incroyable, avec une équipe formidable. Je suis fier d’avoir pris part à cette aventure collective hors norme. Le Grand-Duc lui-même a été impressionné. Il a pris un risque en confiant la narration de son premier jour de règne à une équipe créative. Si nous avions échoué, il en aurait porté les conséquences. »
Un pari qui semble avoir porté ses fruits, y compris auprès du public. Comme le résume Laurent Loschetter avec lucidité : « Dans toute célébration monarchique, un tiers adhère d’emblée, un tiers critique par principe, et un tiers juge sur le fond. C’est ce dernier public, le plus exigeant mais aussi le plus intéressant, que Den Trounwiessel est parvenu à convaincre. »
Photo 1: © SIP Claude Piscitelli
Photo 2-3: © SIP Emmanuel Claude
Photo 4-6: © SIP Frédéric Sierakowski
Photo 7: © SIP Raoul Gilibert
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