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Feb 28, 2024, 0:33
“La créativité est plus qu'une simple intuition. Cela demande aussi beaucoup de travail.”

“La créativité est plus qu'une simple intuition. Cela demande aussi beaucoup de travail.”

17 novembre 2023

Trigger Happy. Benidorm Bastards. Wat Als? Safety First. Hoe zal ik het zeggen? Studio Tarara… La liste des succès du producteur de télévision Tim Van Aelst est impressionnante et lui a d’ailleurs valu plusieurs récompenses internationales. Aujourd’hui, Van Aelst a totalement changé de vie et mis un terme aux activités de sa maison de production Shelter. Il a rejoint l’équipe d’orateurs du programme Read My Lips et continue ainsi à partager ses connaissances et son expérience. Experience Magazine l’a rencontré autour d'un café pour une discussion passionnante sur la créativité et la discipline.

Quand avez-vous su que vous aviez envie d’écrire et de créer ?
Tim Van Aelst : “Enfant, j’ai toujours été créatif. J’ai toujours eu cette tendance à suivre ma propre voie. Par exemple : j’ai reçu une flûte à bec et au lieu de jouer les morceaux que me donnait le professeur de musique, j’ai commencé à composer mes propres airs. Même si je ne maîtrisais pas encore bien l’instrument.”

Quand avez-vous réalisé que cette créativité pourrait être une carrière ?
“Je viens d'une famille ordinaire où il était important d'avoir un diplôme. J'ai donc commencé à étudier l'histoire. Mais un jour, dans le générique de l’émission Man Bijt Hond, j'ai vu la mention 'un programme de Woestijnvis'. Et c’est là que je me suis rendu compte que c’était un métier. À l’époque, la télévision était considérée comme un métier pour les personnes un peu ‘hors cadre’. Mais je savais que c’était cela que je voulais faire. Ma carrière à la télévision a commencé très modestement et j’ai fait toutes sortes de jobs. Je n’ai pas débarqué en clamant que j’allais "créer quelque chose" mais plutôt en observateur - "comment ça marche ici ?". Trigger Happy a été une véritable aubaine : un format étranger qui m'a permis de découvrir les possibilités du métier. De plus, c’était un format qui ignorait toutes les règles. Par exemple, en ne révélant pas l’emplacement des caméras et en prenant les gens au dépourvu. C'est de là qu'est né l’idée de Benidorm Bastards. Et c’est là que ça m’a frappé : waouh, je suis capable de créer quelque chose !”

Un nuage qui passe

La créativité est-elle une chose qui vient facilement ?
“Personne ne peut réellement expliquer la créativité. Pour moi, il y a une dimension qui excède l’humain, qui touche à la spiritualité. C’est quelque chose qui déferle et que vous ne pouvez pas expliquer. La créativité peut surgir pendant que vous vous promenez, que vous êtes coincé dans les embouteillages, quand vous regardez une autre émission à la télévision, quand vous écoutez de la musique… Mais aussi en vous posant devant une feuille blanche. Il n’y a pas de règles. Les gens attendent une formule, une marche à suivre qu’ils peuvent ensuite copier, appliquer, s’approprier. Mais il n’existe rien de tel. Un écrivain va faire comme ci, un autre comme ça... Moi, je fais tout en même temps. Si faire une balade ne fonctionne pas, je me pose vraiment pour me concentrer pendant quelques heures et si ça ne fonctionne pas, je vais au cinéma... Moi, c’est l’alternance qui me convient.”

Ça veut dire aussi dormir avec un bloc-notes sur sa table de chevet ?
“Oui, tout à fait. La créativité est comme un nuage qui passe. Il faut saisir le moment quand il se présente. Sinon le nuage va flotter jusqu’à quelqu’un d’autre. Il m’arrive de voir de nouvelles émissions à la télévision et de me dire : mince, j’y ai déjà pensé. Mais je n’ai pas poussé l’idée plus loin, donc il ne faut pas que je vienne m’en plaindre maintenant. Vous avez l’inspiration, mais il faut aussi la motivation. Car la créativité comporte une deuxième composante importante : la discipline. Travailler dur pour développer une idée. Réfléchir, renoncer, se tromper, revenir, recommencer... Pour moi, créativité et discipline vont toujours de pair. C’est comme ça que j’ai toujours travaillé. Beaucoup restent bloqués dans cette phase d'inspiration et sont ensuite frustrés que quelqu'un d'autre ait "piqué" leur idée. Mais je n'y crois pas. Ces autres personnes ont simplement eu la même idée ou, du moins, ils ont été plus rapides pour la concrétiser. Cela ne se fait jamais tout seul. Prenez des artistes comme Sting, Bob Dylan… ce sont tous des bosseurs acharnés. Je ne pense pas qu’ils soient nombreux à avoir connu de gros succès avec des "premiers jets" écrits sur un coin de table. Elton John affirme avoir écrit "Your Song" en un quart d’heure. J'imagine que cela peut arriver de temps en temps. Mais je ne me reconnais pas là-dedans, je n'ai jamais vécu cela moi-même.”

C’est pourtant très souvent l’idée que l'on se fait de votre métier. C’est une erreur donc ?
“Absolument. Les gens s'imaginent que les idées nous viennent en passant notre temps au café ou à fumer. Mais c’est un travail de longue haleine. Chez Shelter, nous travaillions souvent de 9h à 17h. Il est d'ailleurs prouvé que le cerveau fonctionne mieux le matin. C’est pourquoi la partie créative se faisait souvent en matinée, et la partie développement dans l’après-midi. C’est beaucoup moins rock ’n-roll que ce que les gens s'imaginent. Je ne pense pas qu’une seule de nos idées ait vu le jour dans un café. Certaines graines ont pu y être semées, bien sûr, au détour d'une histoire racontée ou autre. Mais ça s’arrête là.”

Confiance et pression

Quelle est l’importance du succès et de la reconnaissance pour la créativité ?
“Cela a son importance. Une grande part de la créativité et de la création repose sur la confiance en soi. Faites le test. Essayez de faire de l'humour à une table avec des inconnus. Il faut acquérir la confiance... Quand vous avez votre premier succès, là, vous savez que vous pouvez le faire. Et la confiance se développe.”

Y a-t-il eu dans votre carrière des périodes plus ou moins longues où vous ne "parveniez pas à créer" ?
“Bien sûr. Ça m’est arrivé de mettre la barre tellement haut, que je me sentais sous pression. "Il faut absolument que ça soit aussi bon". Shelter n’a pas vraiment connu d’échecs et cela m’a joué des tours. J'ai rejeté beaucoup d'idées, ne les trouvant "pas assez bonnes". Après Safety First,  j'ai connu une période très difficile. Je souffrais de la pression que je m’étais imposée moi-même après une série de succès. La situation s’est un peu enlisée. Nous avons aussi tourné quelques pilotes plutôt mauvais pendant cette période. Je pense que c'est parce que je voulais trop bien faire.”

Le choix du changement

Il y a un an, on apprenait que mettiez un terme à l'aventure Shelter. Comment en êtes-vous arrivés à cette décision ?
“Plusieurs personnes de mon entourage sont décédées ces dernières années. Elles étaient toutes à peine plus âgées que moi. Ma compagne Sofie m’a alors posé cette question : "Imagine que tu saches que tu vas mourir au même âge que tes amis, continuerais-tu à faire ce que tu fais maintenant ?" Et la réponse était non. Il y avait beaucoup d’autres choses que je voulais faire. J’ai donc choisi le changement. Je ressentais le besoin d'explorer d'autres choses et d'exploiter pleinement mon potentiel. Par ailleurs, je sentais que ma passion n’était plus aussi intense. Je n’avais plus le sentiment de pouvoir me lancer à 100 % dans une nouvelle émission. J’en suis venu à la conclusion que l’aventure Shelter avait fait son temps. L’expérience a été formidable. Les adieux ont été émouvants, mais c'était aussi agréable de pouvoir lâcher prise sereinement, sans animosité.”

Et que faites-vous aujourd'hui ?
“Pour l’instant, je me vois comme un "explorateur". J’étudie, je m’intéresse à la spiritualité, je suis de très près tout ce qui touche au bien-être mental. Je dévore les livres sur ce sujet. Je fais également beaucoup de musique, notamment dans un groupe de reprises. Ce que je n’avais plus fait depuis 20 ans. La musique a toujours été ma passion première. Je disais parfois : je fais de la télévision pour pouvoir y mettre de la musique. Et non l’inverse. La musique a toujours été très présente. Je reviendrai peut-être à la télévision ou au cinéma par le biais de la musique... je n’en sais rien. Quoiqu'il soit, l’important est maintenant d’avoir un bon équilibre entre vie professionnelle et bien-être mental.”

Partage d’expérience 

Depuis peu, vous faites partie des orateurs de Read My Lips. Quel message souhaitez-vous transmettre à votre public lors de vos conférences ?
“Je parle entre autres de créativité et de discipline mais aussi de la valeur d’un congé sabbatique. Après Studio Tarara, j’ai pris un congé sabbatique, imposée par mon corps. Je me suis alors consacré à la musique, à la randonnée, à mes amis... Sans travailler. Un congé sabbatique est une période de changement. Un ami peut vous donner de bons conseils car il a un certain recul. Vous, non. Quand vous êtes dans le feu de l’action, vous êtes pris dans un engrenage. Vous êtes concentré sur le fait d’agir, d’être productif et vous perdez de vue le tableau dans son ensemble. C’est pourquoi il est important de faire une pause. On parle souvent de changement. Mais quand on demande qui veut vraiment changer, il ne reste que peu de mains levées. Moi je dis, n’ayons pas peur du changement. Au niveau personnel, comme au niveau professionnel. ‘Always change a winning team’.”

Et à quel style peut-on s'attendre lors de vos conférences ?
“Pendant mes conférences, j'utilise également beaucoup de musique. J'aime aussi interagir avec les gens. J’ai toujours été fan des films capables de faire rire et pleurer. C’est comme ça que je veux aborder les gens. Parfois de manière sérieuse et théorie, mais toujours en mettant les choses en perspective.”